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Public Library.

Vous vous souvenez quand je vous disais que j’avais passé un super week-end la semaine dernière? Et que j’avais plein de choses à vous raconter? (Et que j’ai pas vraiment tenu ma promesse?)

Il est temps que je vous parle de la chance que j’ai eu de pouvoir visiter la New York Public Library. Oh, tout le monde peut la visiter, vous avez raison, comme son nom l’indique, elle est publique… Mais moi, j’ai joué de mes charmes, j’ai obtenu une visite guidée privée,  et j’ai pu visiter les endroits secrets, rentrer dans le ventre de la bête, passer de l’autre côté du miroir!

Aujourd’hui donc, je vais (enfin) vous faire visiter la New York Public Library. Sous ce nom sont regroupées 89 bibliothèques différentes, dans Manhattan, le Bronx et Staten Island. Mais celle dont je vous parle est la première, la plus grande, la plus ancienne et la plus belle. La bibliothèque mère, on va dire. Les New Yorkais disent the main library. Elle s’appelle l’ Astor Library. Ou la Lenox Library. Ou la Tilden Library. Comme vous voulez.

Elle a une jolie histoire.

Vous vous souvenez du Bryan Park? La bibliothèque clôt le parc, et ses collections se déploient en dessous. C’est grâce à de riches philanthropes, qu’au 19ème siècle est née la bibliothèque de New York. (C’est très courant chez les anglo-saxons, la philanthropie… C’est un truc de Protestant. Et puis, après, on a droit à son nom gravé partout. Je trouve que philanthropie, ça rime avec bonhomie et sympathie mais pas trop avec modestie… (Je trouve ça quand même vachement bien, hein. (Je suis juste un tout petit peu critique pour ne pas vous assommer encore de « qu’est ce qu’ils sont biiiien ces américains »…) Mais nous aussi, on a ça, et chez nous c’est du mécénat.)(Et j’ai pas l’impression qu’on en fasse tout un plat.) Enfin, grâce à ça, ils ont quand même de plus belles Universités (oui, aussi parce que les droits d’inscription sont démentiels). Les institutions publiques fonctionnent beaucoup avec la philanthropie encore aujourd’hui, et c’est là que ça peut coincer, si vous voulez mon avis, de philanthropie à dessous de table il y a une frontière (politique) très mince… (Mais c’est la même sur tous les continents si on y pense bien.))

(Trêve de digressions, revenons à nos moutons.)

Un des très riches fondateurs de la Library est John Jacob Astor.

Ce jeune allemand a réussi à devenir le premier milliardaire américain, durant la première moitié du 19ème siècle. Sorti d’une famille de fabricants d’instruments de musique, il est envoyé à New York avec quelques violons, (ou flûtes?) sous le bras. Sur le bateau, il rencontre de riches américains qui le convainquent facilement de laisser tomber les violons pour la fourrure. Il fait très vite fortune, devient l’un des plus importants hommes d’affaire de New York, puis commence à jouer au Monopoly grandeur nature et achète à peu près tout Manahattan, qui à cette époque là n’est pas encore construite plus haut que Union Square. Au fur et à mesure que les émigrants arrivent, que la ville grossit et s’enrichit, Astor revend les terres et les immeubles et assoie sa fortune. Humaniste et mécène, à sa mort, il fait don de $400 000 pour doter la ville d’une bibliothèque accessible au public.

Un autre des fondateurs de la Library est James Lenox, bibliophile et philanthrope, qui fit don de sa collection de livres à la ville, et notamment d’un des joyaux de la bibliothèque (qui en est encore très fière), la première  Bible imprimée par Gutenberg himself à être arrivée sur le Nouveau Continent. (elle est en ce moment visible dans une expo, et je peux dire « je l’ai vue! »)

Un troisième grand fondateur, Samuel Jones Tilden, fait fortune en tant qu’avocat et connaît une grande carrière politique (abolitionniste, pendant la Guerre de sécession, je tiens à le faire remarquer). A sa mort, ce célibataire sans enfant lègue toute sa fortune à la ville pour fonder une vraie bibliothèque publique, qui intègre alors les deux bibliothèques sus-citées, Astor et Lenox.On est en 1895.

C’est avec l’intervention d’un dernier philanthrope très connu des New Yorkais (il y a son nom partout) que la New York Public Library commence à se développer, Andrew Canergie. Ce dernier personnage est très intéressant. D’origine Scottish, de simple ouvrier, il devient grand industriel de l’acier, businessman avisé et très grand philanthrope. Puisque « C’est l’esprit qui enrichit le corps » et que  » Toute vie qui n’a pour but que de ramasser de l’argent est une piètre vie « , Andrew Canergie se consacre à la fin de sa vie à promouvoir la connaissance. Il en crée plus de 3 000 bibliothèques de quartiers, appelées les Carnegie Libraries, gratuites, aux USA, mais aussi au Canada, UK, Irlande, Australie, New Zelande, et îles Fiji. L’idée est de les financer, de les construire et approvisionner puis d’en donner la responsabilité et la gestion aux institutions locales. Il finance aussi 65 autres annexes à la bibliothèque dans New York.

Il finance, aide, soutient de multiples organisations culturelles. Entre autres, il fait bâtir le Canergie Hall, qui est toujours aujourd’hui l’une des plus belles salles de concert de tous les Etats-Unis (et qui est à deux pas de chez moi); il fait construire des universités technologiques pour les enfants d’ouvriers; il subventionne l’astronome G. Hale dans ses recherches; il fonde la Fondation Canergie pour la paix internationale; il crée The Carnegie Foundation for the Advancement of Teaching, un fond de pension  pour les chercheurs et professeurs (aujourd’hui une organisation reconnue d’utilité publique aux USA); et il pense même à nous, les petits français, en nous finançant la bibliothèque art déco de Reims….

À sa mort en 1919, il laisse plus de $350 millions à diverses fondations, et 30 millions supplémentaires sont légués à diverses œuvres de charité.

On comprend qu’il soit encore cité en exemple comme le parfait accomplissement du rêve américain, cet émigrant sans le sous, qui fait fortune, et redistribue enfin…

Bref, revenons à notre bibliothèque. En 1910, l’actuel bâtiment est édifié sur un immense réservoir d’eau, qui n’est plus utilisé (puisque la ville avance et qu’on a maintenant le réservoir de Central Park). Il est rasé, ses fondations gardées, et la bibliothèque et le Bryan Park voient le jour. Le cabinet d’architectes Carrère et Hasting dessine les sept étages de ce bâtiment tout en marbre, et se sert des étagères en acier  (fourni par  Canergie) à la fois comme rayonnage et comme support structurel.

Les deux lions qui gardent l’entrée (et qui sont aveuglés par la neige en ce moment), ont été sculptés par Edward Clark Potter. Ils ont été nommés respectivement Leo Astor et Leo Lenox, du nom des deux premiers donateurs, puis ont été surnommés Lady Astor et Lord Lenox, par ces coquins d’américains. En plein Grande Dépression, le Maire de NY les surnomma Patience et Détermination. Aujourd’hui, je ne sais pas quel nom on leur donne.

La décoration de la Public Library est majestueuse. D’immenses halls se succèdent, débouchent sur de longs couloirs flanqués de lourdes portes en bois, derrières lesquelles se cachent les salles d’études. On trouve la salle des Cartes par exemple, ou la salle des Journaux. Chacune est décorée de gravures anciennes, de planisphères ou de représentations de New York au début 20ème. Tous les plafonds sont richement travaillés.

Ces rayonnages sont les rayonnages d’origine, en acier, et courent du toit aux fondations, sur les sept étages, sans interruption. La photo suivante montre le système de pneumatiques dont on se servait pour accélérer l’obtention des livres.

Et voici la salle qui fait la réputation de la NY Public Library, la Main room, la plus vaste salle construite sans support de colonne au 20ème siècle.

Et enfin un petit tour dans les bas fonds de la bibliothèque… On y trouve des trésors en attente de réparation, ou en fin de vie, mais interdiction de les jeter… On y voit aussi les fameux poteaux d’acier qui supportent les rayonnages qui courent sur sept étages de plus au dessus. J’ai pu descendre dans les rayonnages d’archive et c’est un vrai labyrinthe de livres, c’est magique… J’y aurais bien élu domicile, mais on ne m’a pas laissé faire.

Les trois initiales entremêlées, pour Astor, Lenox et Tilden. J’ai trouvé ça sur un vieux bureau remisé…

Ce plafond magnifique couvre un salle de réception, non ouverte au public. Souvent utilisée par le cinéma, elle peut être louée pour un mariage, pour… je ne me souviens plus du montant, mais il est astronomique… Je demanderai aux autorités compétentes et je vous le donne plus tard, c’est renversant.

NdlL: Je vous ai mis les liens vers le Wikipedia français, parce que bon… Mais tout anglophone présent sur ce blog est vivement encouragé par la Rédaction (en l’occurrence moi-même) pour plonger dans le Wikipedia anglais, qui est vraiment bien plus intéressant, puisque précis.

NdlL, bis: La Rédaction (en l’occurrence moi-même) vous demande de bien vouloir l’excuser pour la parution de cet article aussi tard dans la journée. Des circonstances indépendantes de sa volonté… etc.

NdlL, ter: Cet article ayant demandé un travail d’investigation, de rédaction, et de correction intense, la Rédaction (en l’occurrence moi-même) vous informe son intention de ne pas poster demain. Si, à la lecture de cet avis, vos poils se hérissent d’effroi, l’attente vous consterne, vous ne vous sentez pas capable de supporter le manque de votre dose quotidienne de Luinnewyork, vous êtes vivement encouragé par la Rédaction (en l’occurrence, moi-même) à laisser un commentaire, sur n’importe quel sujet, en réaction ou non à un article, pour dire bonjour, ou pour raconter la dernière aventure de votre chat Minet et du poisson Gudule. La Rédaction (en l’occurrence moi-même) vous assure que cette démarche participative, avec laquelle vous vous sentirez partie prenante du blog, contribuera sans doute aucun à alléger la peine. (Et à ravir la Rédaction).

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News haphazardly.

J’adore ce mot: haphazardly, il me fait mourir de rire!! Faut vraiment être concentrée pour l’écrire correctement. Et aucune idée de comment il se prononce, je viens de le trouver dans le dico, traduction de « en vrac ». C’est plutôt « n’importe comment », l’usage anglais, et je trouve qu’il ressemble à ce qu’il veut dire. C’est du n’importe quoi ce n’importe comment. Et il est possible que mon titre ne soit pas vraiment du bon anglais d’ailleurs… Je ne pense pas qu’un anglophone aurait dit ça comme ça. Anyway, j’adore ce mot.

Bon, me revoilà ici, croisons les doigts pour que j’arrive à poster quotidiennement again.  Mais New York est une ogresse, elle nous mange complètement, du début du matin à la fin du jour; d’ailleurs, depuis que j’ai déménagé de New Jersey pour Times Square, je ne sais plus quel jour on est, ni même souvent quelle heure, les nuits et les jours se succèdent et se fondent ensemble pour créer une loooongue journée qui n’en finit pas, remplie de nouveautés, de nouvelles expériences, nouvelles rencontres, nouvel environnement… Je finis épuisée le soir, mais ravie, me réveille dans la même énergie, avec toujours ce challenge dès que j’ouvre ma bouche ou mes oreilles à cette langue étrangère que je parle pourtant déjà bien. C’est curieux parce que je peux mener une conversation sans soucis avec n’importe qui, mais c’est toujours un véritable challenge de parler ou de bien comprendre. Parler une autre langue me demande un effort constant mais surtout une grande concentration. Du coup, le simple fait de parler anglais m’ancre dans le présent, m’oblige à vivre dans l’instant, à être ici et maintenant comme on nous apprenait au théâtre, et c’est parfait pour moi. Comme tout le monde me l’ordonne, je profite. Ô combien!

Enfin… Quand je dis que je peux tenir une conversation avec n’importe qui… Soyons clairs: pas avec les Texans. Et pas avec les New Yorkais de Brooklyn. Ils ont un accent terrible. Terrible. Ils bouffent la moitié des mots, littéralement. L’autre soir un Texan voulait me parler de la langue française et de son origine latine. (Oui, y’a des Texans qui savent où est la France. Et qui savent même que le latin existe, incroyable, hein? Oh, j’ai même mieux: y’a des Texans qui NE sont PAS Républicains… quand je vous dit que je vais de découverte en découverte). Il m’a répété au moins quinze fois le mot « latin » avant que je réalise de quoi il voulait parler. Il prononçait juste Lat. Le « in » lui restait dans la gorge, ou dans le nez, aussitôt prononcée la première syllabe, il refermait la bouche. Autant vous dire qu’on a fini épuisé tous les deux de notre, pourtant courte, conversation, lui de répéter, moi de faire répéter, et de forcer mon cerveau à faire des connexions que visiblement il ne pouvait pas faire avec mes oreilles.

D’ailleurs, il m’arrive assez fréquemment de rester bloquée entre deux langues. j’ai l’air de bugger, comme un ordi. Panne sèche dans mes neurones. Ça m’arrive en général quand je veux réfléchir en français à un mot que j’ai d’abord cherché en anglais. Plus rien, black out total là-haut. C’est comme si mon cerveau me disait, ok, c’est bon, tu choisis, c’est soit anglais soit français, ok?, moi en attendant je fais grève.   Pratique.

Mais je progresse, je progresse… (Heureusement, c’est quand même pour ça que je suis là). Maintenant, dans la rue, si je comprends ce que se disent des gens que je croise je me dis, tiens, (encore) des français, avant de réaliser que non, non, non, c’est des anglais.

Bon, finalement j’aurais dû appeler ce post ma vie anglophone en long en large et en travers, parce que je vais m’arrêter là pour ce soir, il est déjà près de minuit et je me lève tôt demain matin… Je voulais vous parler de mes folles expériences New Yorkaises, d’où je vis maintenant, des matchs de football américain, de bowling et du Moma, et d’une autre gare, de ma passion pour les muffins et de mon ras-le-bol des hamburgers et associés… Promis, on fait tout ça dans la semaine.  Au moins vous aurez un article demain matin, je tiens à peu près le bon rythme! Et on a appris ensemble un nouveau mot!